Posé sur une terrasse qui domine la mer du Nord, à la limite nord des Highlands, le Château de Dunrobin déconcerte au premier regard : avec ses tourelles coniques, ses balustrades blanches et ses jardins à la française, on se croirait transporté dans la vallée de la Loire. C’est pourtant l’une des résidences les plus emblématiques d’Écosse, fief des comtes puis des ducs de Sutherland depuis le XIIIᵉ siècle, et le plus septentrional des grands châteaux du pays. Étape incontournable de la NC500, Dunrobin est aussi l’un des rares châteaux écossais ouverts au public à proposer des démonstrations de fauconnerie quotidiennes.
Sept siècles d’histoire en strates
Le château actuel est l’aboutissement de huit campagnes de construction étalées sur 700 ans. Sous les toits Renaissance se cache encore le donjon carré du XIIIᵉ siècle, élevé vers 1275 par Robert, 4ᵉ comte de Sutherland. Cette tour primitive, modeste et défensive, fut englobée par des ailes successives sans jamais disparaître — on peut encore en distinguer les murs épais dans la cuisine et certaines pièces basses.
Au XVIIᵉ siècle, le 14ᵉ comte ajoute une grande aile pour transformer la place forte en demeure aristocratique. Mais la transformation décisive intervient entre 1845 et 1850, lorsque George Granville, 2ᵉ duc de Sutherland — alors l’homme le plus riche du Royaume-Uni — confie au célèbre architecte Sir Charles Barry le soin de moderniser le château. Barry, qui venait de redessiner le Palais de Westminster à Londres, transforme Dunrobin en château français : tourelles coiffées de toits coniques, façades enduites en blanc-gris, fenêtres à meneaux. Le résultat est un édifice de 189 pièces.
L’incendie de 1915, qui ravage l’aile sud alors transformée en hôpital militaire pendant la Première Guerre mondiale, oblige à une nouvelle reconstruction confiée à Sir Robert Lorimer. C’est lui qui donne au château sa silhouette actuelle, en restant fidèle au style baronial-français de Barry.
L’histoire du château reste indissociable de celle, douloureuse, des Highland Clearances : entre 1814 et 1820, le 1ᵉʳ duc de Sutherland fit expulser plus de 15 000 paysans des terres familiales pour développer l’élevage ovin et l’industrie. Une statue géante du duc, érigée en 1837 sur le Ben Bhraggie au-dessus de Golspie, reste à ce jour un sujet de controverse en Écosse.

Les jardins à la française inspirés de Versailles
Les jardins formels, dessinés en 1850 par l’architecte paysagiste George Loudon en s’inspirant directement de Versailles, sont la signature visuelle de Dunrobin. Disposés en trois terrasses qui descendent vers la mer du Nord, ils alignent des parterres géométriques ponctués de topiaires en if et de massifs de roses rouges.
Trois éléments retiennent l’attention :
- Le bassin circulaire au centre de la première terrasse, surmonté d’une fontaine en pierre, qui reflète la façade nord du château
- Les pyramides d’if taillées au cordeau, plantées il y a plus de 170 ans
- Le mur d’orangerie qui abrite encore aujourd’hui des plantes méditerranéennes — exploit dans une région où l’hiver est rude
Depuis les terrasses supérieures, la vue embrasse l’ensemble : les jardins, les bois centenaires, et la côte rocheuse jusqu’aux falaises de Brora à l’horizon nord.
La visite
Le château se parcourt en autonomie sur deux niveaux. La visite commence par les appartements d’apparat : le grand salon orné de portraits de famille (dont plusieurs Reynolds et Gainsborough), la salle à manger pouvant accueillir 50 convives, la bibliothèque aux 10 000 volumes. Le mobilier est en grande partie d’origine, ainsi que les tapisseries flamandes et les services de porcelaine de Sèvres.
L’escalier d’honneur, refait après l’incendie de 1915, est une prouesse technique : entièrement en bois sculpté, il imite les escaliers à vis des châteaux écossais traditionnels.
Le musée du château, aménagé dans une ancienne maison d’été des jardins, abrite l’une des collections privées les plus singulières d’Écosse : taxidermie victorienne, antiquités égyptiennes rapportées par les ducs lors de leurs voyages, pierres pictes gravées, objets ethnographiques de l’Empire britannique. Une curiosité héritée des explorateurs aristocratiques du XIXᵉ siècle.
Les démonstrations de fauconnerie
Deux fois par jour pendant la saison touristique, le fauconnier en résidence présente sur la terrasse haute des oiseaux de proie en vol libre : faucons pèlerins, buses de Harris, hiboux grand-duc, et parfois un aigle royal. Les démonstrations durent environ 30 minutes, sont commentées en anglais (parfois en français selon le fauconnier en service), et se déroulent face au jardin avec le château en arrière-plan.
C’est l’un des moments forts de la visite, surtout pour les enfants. Les places sont limitées : arrivez en avance.
Informations pratiques
Horaires
- 1ᵉʳ avril – 31 mai et 1ᵉʳ – 15 octobre : 10h30 - 16h30 (dernière entrée 15h45)
- 1ᵉʳ juin – 30 septembre : 10h - 17h (dernière entrée 16h)
- Démonstrations de fauconnerie : 11h30 et 14h en haute saison
- Fermé du 16 octobre au 31 mars
Tarifs
- Adulte : ~14,50 £
- Enfant (5-15 ans) : ~9 £
- Famille (2 adultes + 3 enfants) : ~42 £
- Senior : ~12,50 £
- Le billet inclut la visite du château, des jardins, du musée et la démonstration de fauconnerie
Accès
- Depuis Inverness : 1h en voiture par l’A9 nord, ou via une excursion d’une journée au château de Dunrobin depuis Inverness
- Depuis Wick / John o’Groats : 1h30 par l’A9 sud
- Train : ligne Inverness–Wick. Le château dispose de sa propre gare, Dunrobin Castle Station, l’une des dernières « request stops » d’Écosse (signalez votre arrêt au conducteur)
- Parking gratuit sur place
- À 1,5 km au nord du village de Golspie
Conseils de visite
- Comptez 2h à 2h30 pour une visite complète avec démonstration de fauconnerie
- Étape NC500 : Dunrobin se trouve sur la branche est de la route, à 1h30 d’Inverness — idéal pour la première étape, prolongée par un circuit Dunrobin, John o’Groats et NC500
- Combinez avec Brora (10 min en voiture) : distillerie historique récemment rouverte
- Le musée vaut le détour même pour ceux qui ne s’intéressent pas particulièrement à la taxidermie — c’est un témoignage rare de l’aristocratie victorienne et de ses excentricités
- Photos : la lumière de fin d’après-midi sublime la façade tournée vers le sud-est
Aux alentours
Dunrobin marque l’entrée du Sutherland, l’une des régions les plus sauvages et les moins peuplées d’Europe. Plusieurs étapes valent le détour à proximité :
- Carn Liath : broch (tour ronde celtique) de l’âge du fer, à 5 km au nord, en bord de mer
- Helmsdale : village de pêcheurs à 30 minutes au nord, point de départ de la route panoramique vers Wick
- Ben Loyal : « Reine des Montagnes du Nord » et l’une des randonnées les plus spectaculaires du Sutherland, à 1h45 de route
- Statue du 1ᵉʳ duc de Sutherland sur le Ben Bhraggie : une marche de 90 minutes depuis Golspie, lieu de mémoire controversé
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