Aux Shetland, plus proche de la Norvège que d’Édimbourg, on trouve trois National Nature Reserves (NNR) qui figurent parmi les plus extraordinaires du Royaume-Uni. Chacune protège un patrimoine unique : à Hermaness, le point le plus septentrional du pays et l’une des plus grandes colonies d’oiseaux marins d’Europe. À Noss, des falaises de 180 mètres surmontées de fous de Bassan en pleine activité. Et au Keen of Hamar, un paysage lunaire qui abrite une flore que l’on ne trouve nulle part ailleurs sur Terre. Pour qui aime marcher, observer la faune et savourer l’isolement, les NNR shetlandaises forment une trilogie incontournable.
Hermaness : à l’extrémité nord du Royaume-Uni
Posée à la pointe nord de l’île d’Unst, la réserve d’Hermaness s’étend sur 964 hectares de tourbières, de falaises et de landes. Son sentier balisé de 7 km — comptez 3h30 à 4h aller-retour — mène jusqu’à un promontoire qui surplombe les stacks de Muckle Flugga, ces aiguilles rocheuses surmontées d’un phare construit en 1854 par Thomas et David Stevenson. Au-delà, plus rien. Vous êtes à 60° 51′ de latitude nord, plus haut que Saint-Pétersbourg, à la limite du point le plus septentrional du Royaume-Uni.
Ce qu’il faut voir
- La colonie de fous de Bassan de Hermaness : la troisième de Grande-Bretagne par sa taille, avec environ 20 000 couples nichant sur les falaises de Saito et Neap. Elle a beaucoup souffert de la grippe aviaire H5N1 en 2022 mais reprend des forces.
- Les macareux moines : plusieurs centaines de couples nichent dans les terriers des prairies sommitales. Visibles d’avril à août, plus actifs en début et fin de journée.
- Les grands labbes (skuas) : Hermaness abrite la plus grande colonie de bonxies (nom shetlandais des grands labbes) du monde — environ 800 couples. Pendant la période de nidification (mai-juillet), ils défendent agressivement leur territoire en piquant sur les promeneurs. Tenez un bâton ou un mât levé au-dessus de votre tête : les bonxies attaquent toujours le point le plus haut, jamais directement votre crâne.
Le sentier
Départ : Burrafirth car park, à 4 km au nord du village de Haroldswick. Le sentier traverse d’abord 2 km de tourbières (passerelles en bois) avant de rejoindre les falaises. Suivez la corniche jusqu’au promontoire panoramique, puis revenez par le même chemin. Difficulté moyenne : pas de dénivelé important mais terrain inégal et exposé au vent. Aucun abri en route.

Noss : la cathédrale des fous de Bassan
L’île de Noss se résume à une simple silhouette : 343 hectares qui culminent à The Noup, falaise de 181 mètres tombant à pic dans la mer. Cette paroi spectaculaire abrite l’une des colonies de fous de Bassan les plus denses d’Europe — environ 11 000 couples entassés sur les corniches. À l’apogée de la saison, en juin-juillet, le bruit des oiseaux atteint 80 décibels au pied des falaises, et l’odeur du guano est assez marquante.
Comment visiter Noss
L’île n’est accessible qu’en été (mi-mai à fin août), du mardi au dimanche, et uniquement par traversée en zodiac depuis Bressay (l’île voisine, elle-même accessible par ferry depuis Lerwick). Le service est gratuit, géré par NatureScot. La traversée dure 5 minutes, puis on découvre l’île en autonomie.
Le sentier de Noss
Boucle de 8 km qui suit la côte dans le sens horaire — comptez 3h à 4h. Le sentier monte progressivement depuis le débarcadère jusqu’au sommet de The Noup (181 m), avec des points de vue à couper le souffle sur les colonies. Une fois au sommet, on poursuit le long de la falaise sud avant de redescendre vers Hametoon Bay.
Difficulté facile à moyenne : pas de section technique, mais le sentier est exposé et le retour peut être éprouvant si le vent se lève (fréquent l’après-midi). Pas de chemin balisé sur l’île, juste des poteaux de bois.
À savoir
- Pas de débarquement par mauvais temps : appelez Noss Visitor Centre la veille pour confirmer les rotations
- Apportez vos provisions : aucun service sur l’île
- Phoques : la colonie de phoques gris au pied de Cradle Holm vaut autant que les oiseaux
Keen of Hamar : le désert de serpentinite
À première vue, le Keen of Hamar déroute. Au lieu des falaises spectaculaires de Noss et Hermaness, on découvre un paysage lunaire de cailloutis gris-vert sur 30 hectares. C’est pourtant l’une des réserves naturelles les plus précieuses d’Europe : ce sol ultrabasique, formé sur des affleurements de serpentinite et péridotite (roches issues du manteau terrestre), est un milieu si toxique pour les plantes que seules quelques espèces ont évolué pour s’y adapter.
Une flore unique au monde
Le joyau de Keen of Hamar est l’Edmondston’s Chickweed (céraiste d’Edmondston, Cerastium nigrescens). Cette petite plante à fleurs blanches, découverte en 1837 par le naturaliste Thomas Edmondston, ne pousse strictement que dans cette réserve. C’est l’une des plantes les plus rares du monde.
D’autres raretés cohabitent :
- Norwegian Sandwort (Arenaria norvegica) : minuscule plante alpine
- Northern Rock-cress : crucifère adaptée aux sols toxiques
- Frog Orchid (Coeloglossum viride) : orchidée discrète qui fleurit en juillet
- Moonwort : fougère ancienne de petite taille
L’ensemble de cette flore évolue sur quelques semaines en juin-juillet. À d’autres moments de l’année, le site paraît minéral.
Le sentier
Sentier court de 2 km en boucle, accessible depuis le parking de Hagdale (Unst), à 10 minutes à pied du village de Baltasound. Aucun dénivelé notable, terrain caillouteux mais facile. Comptez 45 min à 1h30 selon votre passion pour la botanique. Un panneau d’interprétation à l’entrée explique la géologie unique du site.
Restez sur le sentier : la flore est si fragile que le moindre piétinement détruit des décennies de croissance.
Combiner les trois réserves
Hermaness et Keen of Hamar sont sur la même île, Unst (la plus septentrionale des Shetland). On peut visiter les deux le même jour : le matin pour Keen of Hamar (court et matinal), l’après-midi pour Hermaness (longue marche, oiseaux actifs en fin de journée).
Noss demande une journée à part depuis Lerwick, en raison du temps de traversée et des horaires de la navette zodiac.
Itinéraire idéal sur 4 jours :
- Jour 1 — Vol ou ferry vers Lerwick + visite de la ville
- Jour 2 — Excursion à Noss (toute la journée)
- Jour 3 — Route vers Unst (2 ferries via Yell), nuit sur place
- Jour 4 — Keen of Hamar le matin, Hermaness l’après-midi, retour le soir
Informations pratiques
Y aller
- Avion : Loganair depuis Aberdeen, Édimbourg, Glasgow, Inverness vers Sumburgh (1h)
- Ferry : NorthLink Ferries depuis Aberdeen — traversée de nuit de 12 à 14h, cabines disponibles. Embarquement à 19h, arrivée à Lerwick à 7h30 le lendemain. Idéal pour économiser une nuit d’hôtel.
- Voiture : indispensable. Location à Lerwick ou Sumburgh.
- Ferries inter-îles : Yell et Unst nécessitent deux traversées d’environ 25 minutes chacune. Pas de réservation possible, fonctionnement à la chaîne.
Quand venir
- Mi-mai à mi-juillet : pic d’activité ornithologique, macareux et fous de Bassan en parade
- Juin-juillet : floraison du Keen of Hamar
- Août : envol des juvéniles, derniers macareux avant leur départ en mer
- Septembre-mars : aucune visite des oiseaux marins, mais aurores boréales possibles
Conseils
- Vent : prévoyez systématiquement coupe-vent et pantalon imperméable. Le vent peut atteindre 100 km/h même en plein été.
- Tiques : présentes dans les fougères, surtout à Hermaness. Manches longues conseillées.
- Bonxies : toujours marcher avec un bâton tenu au-dessus de la tête en mai-juillet à Hermaness.
- Eau : aucun point d’eau potable sur les sentiers. Emportez 1,5 L par personne.
- GPS / carte : OS Explorer maps OL47 (Unst) et 467 (Lerwick) recommandées. Le réseau mobile est patchy.
Prolonger la découverte
- Sumburgh Head : ce n’est pas une NNR, mais l’un des meilleurs sites pour observer macareux à marée basse depuis un parking — accessible aux familles
- Mousa Broch : tour ronde de l’âge du fer, traversée nocturne possible en mai-juin pour observer les pétrels tempête
- Les Orcades voisines, accessibles en ferry, complètent superbement un séjour aux Shetland — paysages similaires mais patrimoine archéologique néolithique exceptionnel
- Pour visiter l’archipel sans avoir à conduire, optez pour la visite des Shetland en groupe ou privative avec un guide local