Statue dorée de licorne sur le blason royal écossais avec un château en arrière-plan
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Licorne, animal national de l'Écosse : pourquoi ?

Curiosité héraldique inattendue : depuis le XIIᵉ siècle, l’animal national de l’Écosse est une créature qui n’existe pas. La licorne, pure, indomptable, opposée séculaire du lion anglais, orne le blason royal, les fontaines des palais et plus de cent sculptures encore visibles à travers le pays. Quand les Écossais ont eu à choisir un animal symbole, ils n’ont pas pris le chevreuil des Highlands, le saumon de la Spey ni l’aigle royal des montagnes. Ils ont pris la licorne, et ils ne l’ont jamais lâchée.

Pourquoi une licorne : symbolique médiévale

Au Moyen Âge, la licorne est un symbole d’une richesse inégalée dans le bestiaire chrétien et héraldique. Elle incarne :

  • La pureté et la virginité : le seul moyen de la capturer, selon les bestiaires médiévaux, est d’offrir comme appât une vierge ; la licorne se laisse alors approcher et apprivoiser
  • L’indomptabilité : libre, sauvage, jamais réellement domestiquée
  • La force : capable de tuer un éléphant d’un coup de corne, selon Pline l’Ancien
  • La noblesse : associée aux rois, aux saints, aux preux
  • La vertu thérapeutique : la corne (en réalité défense de narval) passait pour détecter le poison et guérir toutes les maladies

Cette accumulation de qualités explique pourquoi des dizaines de royautés européennes ont porté des licornes sur leurs armoiries, mais aucune n’en a fait, comme l’Écosse, son animal national permanent. Les Écossais y ont vu un autoportrait : peuple libre, fier, irréductible. Une licorne ne se domestique pas, un Écossais non plus, du moins dans la mythologie qu’il aime se raconter.

Le rôle de la licorne dans le blason royal écossais

L’usage héraldique de la licorne en Écosse est attesté dès le règne de Guillaume Iᵉʳ (1165-1214), surnommé « Le Lion ». Paradoxalement, c’est lui qui a fait du lion rouge sur fond d’or la marque du roi écossais. Ses successeurs ont rapidement adopté la licorne comme support complémentaire.

Le blason royal d’Écosse se présente, dans sa version classique, ainsi :

  • Écu : un lion rouge debout (rampant) sur fond d’or, encadré d’un double trêcheur fleuré contre-fleuré
  • Supports : deux licornes d’argent (blanches), couronnées d’or, enchaînées
  • Cimier : un lion couronné tenant épée et sceptre
  • Devise : In Defens (« En défense ») ou Nemo me impune lacessit (« Nul ne me touche impunément »)

Les chaînes d’or qui entravent les licornes ont une signification précise : elles rappellent que seul le roi écossais peut maîtriser un animal aussi indomptable. C’est une déclaration politique autant qu’esthétique : le souverain est, par nature, capable de discipliner ce que personne d’autre ne peut.

Lors de l’Union des Couronnes en 1603, le roi Jacques VI d’Écosse devient Jacques Iᵉʳ d’Angleterre. Les armoiries unifiées du Royaume-Uni placent alors la licorne écossaise à gauche (côté héraldique « senestre ») et le lion anglais à droite (côté « dextre »). Sur les versions présentes en Écosse, l’ordre s’inverse : la licorne passe à droite et le lion à gauche, manière subtile d’affirmer la primauté locale.

Lion anglais vs licorne écossaise : la rivalité héraldique

L’opposition entre lion et licorne dépasse la simple convention. Dans la comptine populaire anglaise The Lion and the Unicorn (XVIIᵉ siècle, popularisée par Lewis Carroll dans De l’autre côté du miroir), les deux créatures se battent pour la couronne :

The lion and the unicorn were fighting for the crown, The lion beat the unicorn all around the town.

Cette image traduit symboliquement la réalité historique : pendant des siècles, les royaumes d’Angleterre et d’Écosse se sont fait la guerre, le lion l’emportant le plus souvent par le poids militaire. Mais la licorne ne se rend jamais : elle reste sur les armoiries, sur les pièces, sur les monuments. C’est exactement le récit que se fait l’Écosse de son rapport au voisin du sud : battue mais non soumise.

Depuis 2007, des mouvements pro-indépendance ont placé la licorne au centre de leur communication visuelle. Le slogan « Where Lions and Unicorns roar » est devenu un classique des manifestations pro-Yes au référendum de 2014. La symbolique reste vivante.

Les pièces « unicorn » et « half-unicorn » de Jacques III

L’usage monétaire de la licorne en Écosse est attesté dès Jacques III (1460-1488), qui frappe les premières pièces d’or « unicorn » valant 18 shillings écossais (environ 1,5 livres écossaises). Les pièces représentent :

  • Avers : une licorne dressée, support du blason royal d’Écosse
  • Revers : une croix décorative ou un soleil rayonnant

Les « half-unicorn » (demi-unicorn), de plus petite valeur, circulent en parallèle. Ces pièces, désormais rares, sont des objets de collection prisés. Une unicorn en bon état dépasse les 5 000 £ sur le marché numismatique. Le National Museum of Scotland (musées d’Édimbourg) en présente plusieurs exemplaires dans sa galerie des monnaies.

Les licornes sculptées à Édimbourg

Édimbourg est probablement la ville la plus densément peuplée de licornes au monde. Quelques sites incontournables :

Mercat Cross du Royal Mile

Au sommet du Mercat Cross d’Édimbourg, sur la Parliament Square près de la cathédrale Saint-Gilles, trône une licorne dorée. La structure actuelle date de 1885 mais reproduit fidèlement le mercat cross médiéval, lieu d’où étaient proclamés les édits royaux. Cette licorne signale le point de proclamation des actes officiels, encore en service aujourd’hui pour annoncer la mort d’un souverain. La visite à pied du château d’Édimbourg et du Royal Mile inclut un arrêt au Mercat Cross avec contexte historique sur les armoiries.

Palais de Holyroodhouse

Le palais de Holyroodhouse porte des licornes en plusieurs endroits : sur la fontaine baroque de la cour intérieure (1858), dans les plafonds en stuc de la galerie des rois, et sur les grilles d’entrée. La fontaine de Holyroodhouse est l’une des plus belles compositions de licornes d’Écosse.

Linlithgow Palace

Bien que le palais soit en ruines, la fontaine de cour intérieure présente quatre étages de figures sculptées dont une licorne dorée au sommet. Quand la fontaine fonctionne (rare, sur événements), elle coule du vin lors des cérémonies royales.

Falkland Palace

Le palais de Falkland, retraite de chasse des Stuart en Fife, présente des licornes sur ses façades Renaissance, notamment dans les niches du portail nord.

Sculpture de licorne dorée sur le Mercat Cross d'Édimbourg, lieu historique de proclamation des édits royaux

Les licornes ailleurs en Écosse

Hors de la capitale, la licorne reste partout :

  • Stirling Castle : licornes sur les plafonds en stuc de la grande salle (Royal Apartments) et sur la chapelle royale. La journée Loch Lomond, château de Stirling et Kelpies au départ d’Édimbourg permet de voir les sculptures des Royal Apartments en demi-journée.
  • Aberdeen : la Mercat Cross d’Aberdeen (1686), considérée comme l’une des plus belles d’Écosse, en est ornée
  • Dunfermline : abbaye et palais royal portent licornes sur diverses pierres
  • Stornoway (île de Lewis) : Mercat Cross moderne reproduisant la licorne d’Aberdeen
  • Édimbourg University : sceau et bâtiments anciens

Au total, on estime à plus de 100 les licornes héraldiques sculptées encore visibles publiquement en Écosse. Une chasse au trésor s’est même organisée parmi les amateurs d’héraldique, qui tiennent un registre actualisé sur des sites comme scotclans.com ou historicenvironment.scot.

La National Unicorn Day (9 avril) et la fête écossaise

Depuis 2015, l’Écosse célèbre officieusement la National Unicorn Day le 9 avril. La date n’a pas de fondement historique (elle est calquée sur le National Unicorn Day américain), mais l’office du tourisme VisitScotland s’en empare pour relayer des contenus pédagogiques et promotionnels.

Concrètement, le 9 avril ne donne pas lieu à des fêtes de rue ou des défilés. C’est une excellente fenêtre médiatique pour les Écossais qui veulent rappeler au monde que leur animal national n’est ni un chien de berger ni un chevreuil, mais la plus mythologique des bêtes.

Pourquoi la licorne fonctionne encore comme symbole

Là où d’autres pays peinent à entretenir leurs symboles nationaux (le coq français, l’aigle américain, le castor canadien), la licorne écossaise garde une vitalité étonnante. Elle est portée par :

  • Le Royal Standard d’Écosse sur tous les bâtiments officiels
  • Les uniformes de cérémonie (Royal Company of Archers, héraultages royaux)
  • L’Office du tourisme, qui l’utilise abondamment dans sa communication
  • Le secteur du goodies (peluches, t-shirts, mugs vendus à profusion sur le Royal Mile)
  • Les mouvements indépendantistes, qui se la sont appropriée comme totem
  • La culture pop (Lewis Carroll, Harry Potter, où Hermione utilise une corne de licorne dans les ingrédients de potions)

Cet écosystème de représentation entretient une présence permanente qui fait de la licorne, paradoxalement, l’un des symboles vivants les plus authentiques d’Europe occidentale. Les habitants la voient tous les jours, sur leur monnaie, leurs bâtiments officiels, leurs tasses à café, sans plus se demander pourquoi. C’est la marque d’un emblème réussi : devenir invisible à force d’être omniprésent.

Pour creuser les autres symboles d’Écosse, voir nos articles sur le chardon, les clans écossais et le kilt.

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