Le stade de Murrayfield à Édimbourg un jour de match du Tournoi des Six Nations
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Rugby écossais : Murrayfield, Six Nations et XV du Chardon

Murrayfield, le temple écossais du rugby

À deux kilomètres et demi à l’ouest de Princes Street, dans le quartier résidentiel de Roseburn, se dresse une enceinte de 67 144 places que les Écossais appellent simplement “le stade”. BT Murrayfield, propriété de la Scottish Rugby Union depuis 1925, accueille les matchs du XV du Chardon devant des tribunes pleines à craquer les jours de Six Nations. L’air sent la bière tiède et la pluie froide. Les cornemuses lancent les premières notes de Flower of Scotland, et 67 000 voix reprennent en chœur, le poing serré, le tartan sur les épaules. Cette ferveur, presque religieuse, ne ressemble à aucune autre dans le monde du rugby européen.

Le rugby écossais n’a pas la puissance financière de l’Angleterre, ni le réservoir démographique de la France. Il a autre chose : une mémoire, une fierté, et une capacité à transformer chaque samedi de février en événement national.

Une histoire qui commence en 1871

Le tout premier test-match international

L’Écosse occupe une place particulière dans l’histoire du rugby mondial : c’est ici qu’a eu lieu, le 27 mars 1871, le premier match international officiel entre deux nations. Sur le terrain de Raeburn Place, à Édimbourg, vingt joueurs écossais affrontent vingt joueurs anglais. L’Écosse l’emporte par un essai et un but contre un essai. Le rugby international vient de naître, et il est né en Écosse.

La Scottish Football Union (devenue Scottish Rugby Union en 1924) est fondée dès 1873. Elle est la deuxième fédération de rugby au monde, juste après la RFU anglaise. Très vite, l’Écosse devient l’une des Home Nations qui dominent les premières décennies du rugby mondial avec l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Irlande.

Les heures de gloire

Le XV du Chardon a remporté le Tournoi des Cinq Nations à plusieurs reprises, dont un Grand Chelem mémorable en 1990. Cette année-là, à Murrayfield, l’Écosse de David Sole bat l’Angleterre 13 à 7 dans un match devenu légendaire. Sole, capitaine, fait entrer ses joueurs sur la pelouse au pas, lentement, défiant du regard les Anglais favoris. Cette image reste gravée dans la mémoire collective écossaise. Pour beaucoup, ce 17 mars 1990 dépasse largement le rugby : il porte une charge politique au moment où l’Écosse cherche à affirmer son identité face à Londres.

Avant cela, le pays avait déjà décroché la Triple Couronne en 1925, 1933, 1938 et 1984, et un autre Grand Chelem en 1925 et 1984.

Murrayfield, l’enceinte de toutes les ferveurs

Capacité, architecture et atmosphère

Avec ses 67 144 places, Murrayfield est le plus grand stade d’Écosse et le cinquième de tout le Royaume-Uni. Il a été inauguré le 21 mars 1925, jour d’une victoire 14-11 contre l’Angleterre qui scellait un Grand Chelem. Le stade actuel, entièrement reconstruit entre 1992 et 1994, présente une configuration en bol avec quatre tribunes couvertes et une pelouse hybride. Les noms des tribunes parlent à tout supporter écossais : West Stand, East Stand, North Stand et South Stand.

Le stade accueille aussi les matchs d’Édimbourg Rugby en United Rugby Championship, des concerts (les Rolling Stones, Beyoncé, Taylor Swift y ont joué), et la finale annuelle du championnat scolaire écossais.

Le quartier de Roseburn un jour de match

Roseburn s’anime des heures avant le coup d’envoi. Les pubs Roseburn Bar, Murrayfield Bar et The Old Toll Bar débordent dès 11 heures du matin pour un match à 14h45. Les supporters arrivent en kilt, écharpe bleu marine au cou, pinte de Tennent’s à la main. On croise des familles entières, des grands-pères qui ont vu Andy Irvine jouer, des enfants qui découvrent leur premier Six Nations. La promenade depuis le centre d’Édimbourg prend trente minutes le long de Haymarket et Corstorphine Road. Le tram d’Édimbourg dessert directement Murrayfield Stadium, à six minutes de Haymarket et douze de Princes Street.

La Calcutta Cup et le Tournoi des Six Nations

Une rivalité née d’un trophée fondu

Chaque match Écosse-Angleterre met en jeu la Calcutta Cup, un trophée à part dans le rugby mondial. Sa fabrication remonte à 1878 : les membres du Calcutta Football Club, en Inde, décident de dissoudre leur club et de fondre les pièces d’argent restantes pour offrir une coupe à la Rugby Football Union. Décorée de trois cobras formant les anses et d’un éléphant en guise de fermoir, la coupe est remise en jeu pour la première fois en 1879. Depuis, Écosse et Angleterre se la disputent chaque année, en match aller-retour selon les Six Nations.

L’Écosse a remporté la Calcutta Cup à de nombreuses reprises au cours de la période récente, notamment lors de la fameuse séquence 2018-2019-2020-2021-2022-2023, où le XV du Chardon a battu l’Angleterre cinq fois sur six rencontres, un fait inédit dans l’histoire de la rivalité.

Le Tournoi des Six Nations, février-mars

Le Tournoi des Six Nations se déroule chaque année entre le premier samedi de février et la mi-mars. L’Écosse y reçoit deux ou trois équipes par édition, en alternance. Les matchs à domicile à Murrayfield sont l’événement sportif majeur de l’hiver écossais. Le calendrier alterne d’année en année, mais on retrouve les mêmes adversaires : Angleterre, France, Irlande, Pays de Galles et Italie.

Les billets pour les matchs des Six Nations partent vite, souvent six mois à l’avance. La Scottish Rugby Union ouvre une billetterie publique en septembre, mais les meilleures places sont réservées aux abonnés. Les sites de revente officiels (StubHub, Twickets) permettent d’acheter en sécurité, à des prix qui s’envolent pour les grosses affiches comme Écosse-Angleterre ou Écosse-France.

Supporters écossais en kilt devant les tribunes de Murrayfield un jour de Six Nations

Flower of Scotland et les rituels d’avant-match

L’hymne officieux qu’entonne le public à chaque test-match s’intitule Flower of Scotland. Composé en 1967 par Roy Williamson du groupe folk The Corries, il évoque la victoire de Robert the Bruce sur Édouard II d’Angleterre à la bataille de Bannockburn en 1314. Adopté par la SRU en 1990, il est devenu l’un des hymnes les plus puissants du sport mondial.

Le rituel ne varie pas : un seul sonneur de cornemuse, debout au milieu du terrain, lance les premières notes. Le silence se fait, puis 67 000 voix reprennent en canon. Les caméras s’attardent sur les visages de joueurs en larmes. Pour beaucoup d’Écossais expatriés, c’est le moment de l’année où ils se sentent le plus écossais.

D’autres rituels viennent s’ajouter : la haie d’honneur des cornemuseurs avant l’entrée des équipes, le hymne royal God Save the King qui ouvre les rencontres officielles, et la bière partagée dans les tribunes (Murrayfield est l’un des rares stades britanniques où la consommation d’alcool en tribune reste autorisée).

Joueurs cultes et entraîneurs marquants

Les légendes du XV du Chardon

Andy Irvine, arrière des années 1970, reste pour beaucoup le plus grand joueur écossais de l’histoire. Gavin Hastings, capitaine du Grand Chelem 1990 et meilleur réalisateur de l’histoire écossaise pendant des années, a marqué les esprits par son courage et sa frappe au pied. Son frère Scott, son partenaire en équipe nationale, a écrit l’une des plus belles pages du rugby gallois en marquant un essai en 1990 contre les Diables Rouges. Plus récemment, Doddie Weir, deuxième ligne au sourire éclatant, a marqué le pays bien au-delà du sport par son combat contre la maladie de Charcot, qui l’a emporté en 2022. La Doddie’5 Foundation finance toujours la recherche.

Côté contemporain, Stuart Hogg détient le record d’essais en équipe nationale, et Finn Russell, demi d’ouverture des Bath puis du Racing 92, est l’un des artistes les plus créatifs du rugby mondial.

Les entraîneurs

Ian McGeechan, double sélectionneur dans les années 1990 et 2000, a forgé l’identité moderne du rugby écossais. Vern Cotter (2014-2017), Néo-Zélandais, a redonné de la rigueur défensive à l’équipe. Gregor Townsend, ancien demi d’ouverture devenu sélectionneur en 2017, a installé un jeu offensif et créatif qui a permis à l’Écosse de retrouver une place dans la hiérarchie mondiale.

Comment assister à un match à Murrayfield

Les billets

Pour un match du Tournoi des Six Nations, les prix vont de 50 livres pour les places hautes derrière les poteaux à 200 livres et plus pour les meilleures tribunes centrales. Les matchs d’automne (Autumn Internationals) coûtent entre 30 et 100 livres. Les rencontres d’Édimbourg Rugby en URC restent abordables, autour de 20 à 40 livres.

La billetterie officielle se trouve sur scottishrugby.org. Pour les matchs très demandés, mieux vaut s’inscrire à la newsletter SRU plusieurs mois à l’avance.

S’y rendre depuis le centre

Le tram d’Édimbourg, lancé en 2014, dessert directement Murrayfield Stadium depuis Princes Street en moins de quinze minutes. Le ticket coûte 1,80 livre. À pied, comptez quarante-cinq minutes depuis le château d’Édimbourg, une promenade agréable qui passe par Haymarket et le quartier résidentiel de Roseburn. Le bus Lothian numéro 12, 26 et 31 dessert également les abords du stade.

Avant et après le match

Réservez une table dans un pub de Roseburn au moins deux semaines à l’avance pour les jours de match : le Roseburn Bar et le Murrayfield Bar débordent. Pour un repas plus calme, le quartier de Stockbridge offre des bistrots accueillants à quinze minutes à pied. Après le coup de sifflet final, les supporters redescendent vers le centre, et l’ambiance se prolonge tard dans les pubs de la Old Town. Un week-end rugby à Édimbourg combine parfaitement avec une soirée whisky dans un pub historique, une visite des musées d’Édimbourg, ou une balade matinale sur Arthur’s Seat. Pour préparer la veille du match, la visite et dégustation au Scotch Whisky Experience propose une initiation aux quatre régions productrices, à dix minutes à pied du château.

Le rugby au-delà du stade

Le rugby fait partie de la culture écossaise au même titre que le kilt ou le chardon, emblème national qu’on retrouve sur le maillot bleu marine du XV. Les écoles privées d’Édimbourg (George Watson’s, Stewart’s Melville, Edinburgh Academy) forment depuis plus d’un siècle l’essentiel des sélectionneurs. Les Borders, région du sud entre Édimbourg et la frontière anglaise, restent le bastion populaire du rugby écossais : les sept clubs des Border League (Hawick, Melrose, Gala, Kelso, Selkirk, Jed-Forest, Langholm) cultivent une rivalité féroce et un public passionné.

Melrose est aussi le berceau du rugby à sept : c’est ici, en 1883, qu’a eu lieu le tout premier tournoi de Sevens, inventé par le boucher local Ned Haig pour récolter des fonds. Le tournoi de Melrose Sevens a lieu chaque année en avril et attire encore les meilleures équipes du circuit mondial.

Pour préparer votre week-end

Un samedi de Six Nations à Édimbourg suffit à comprendre pourquoi les Écossais aiment tant ce sport. Arrivez le vendredi soir, descendez sur le Royal Mile pour un fish and chips et une pinte. Le samedi matin, montez à Arthur’s Seat pour respirer. À midi, direction Roseburn. Le coup d’envoi à 14h45 ou 16h45 vous laisse toute la soirée pour célébrer ou consoler. Dimanche, déjeunez à Stockbridge, puis prenez le train du retour avec l’écharpe bleu marine encore au cou. Vous repartirez avec autre chose qu’un score : une émotion qui ne s’oublie pas.

Billets datés à venir

Concerts, matchs et spectacles en lien avec ce thème. Réservation via *Hellotickets*.

Sports

Dim. 8 nov. 2026 · 16h00

Écosse vs. Nouvelle-Zélande - Nations Championship 2026

Murrayfield Stadium · Edinburgh

À partir de 250 €

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