Bass Rock vue aérienne, volcan éteint couvert de fous de Bassan dans le Firth of Forth
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Bass Rock : 150 000 fous de Bassan sur un volcan éteint

Sir David Attenborough l’a un jour qualifiée de « l’une des merveilles de la nature ». Bass Rock, dôme volcanique de 110 mètres planté à un kilomètre de la côte du Firth of Forth, accueille chaque été la plus grande colonie de fous de Bassan au monde — près de 150 000 oiseaux qui blanchissent littéralement la roche du printemps à l’automne. Visible depuis Édimbourg par temps clair, à 40 minutes en voiture du centre-ville, Bass Rock est l’une des excursions naturalistes les plus spectaculaires d’Europe et un haut lieu d’histoire écossaise méconnu : forteresse médiévale, prison covenantère, phare encore en activité.

Un volcan éteint au milieu de la mer

Bass Rock est un plug volcanique — le bouchon de magma solidifié qui resta en place après l’érosion du cône. La roche, vieille de 335 millions d’années, est constituée de phonolite, un basalte siliceux très dur qui explique pourquoi l’île n’a jamais cédé aux assauts de la mer du Nord. Comme Arthur’s Seat à Édimbourg ou Castle Rock sous le château, Bass Rock témoigne de l’intense activité volcanique qui secoua l’Écosse au Carbonifère.

Ses falaises tombent à pic dans la mer sur trois faces, atteignant 110 mètres au point culminant. Un seul versant, au sud, présente une pente accessible — c’est sur cette face que s’élèvent les ruines du château et le phare, et que les rares humains qui débarquent encore posent le pied.

La plus grande colonie de fous de Bassan au monde

C’est de mars à octobre que Bass Rock prend son aspect le plus spectaculaire : la roche disparaît littéralement sous une couche blanche mouvante, 150 000 fous de Bassan (gannets, Morus bassanus) venus se reproduire. Le nom scientifique de l’espèce, choisi en 1758 par Linné, fait directement référence au Bass — c’est ici que ces oiseaux ont été décrits scientifiquement pour la première fois. Le nom commun anglais est lui-même issu de Old Scots « gan », en lien avec ces colonies du Firth of Forth.

Le fou de Bassan est l’un des plus grands oiseaux marins d’Europe : 2 mètres d’envergure, plumage blanc, tête jaune crème, extrémités des ailes noires. Il chasse en plongeant à la verticale depuis 30 mètres de hauteur, atteignant l’eau à plus de 100 km/h pour saisir maquereaux et harengs. Le spectacle d’une colonie en activité — plongeons multiples, allers-retours incessants, cris rauques — est inoubliable.

Fous de Bassan en vol au-dessus de Bass Rock, colonies blanches visibles sur la falaise

D’autres espèces partagent l’île : guillemots, pingouins torda, macareux moines (en petit nombre), goélands argentés, fulmars boréaux, cormorans huppés. Au total, près de 190 000 oiseaux marins s’y reproduisent chaque année.

Grippe aviaire : depuis l’épidémie majeure de 2022, qui a tué environ 8 000 fous de Bassan sur le Bass, les débarquements sur l’île sont suspendus pour éviter de propager le virus. Les colonies se reconstituent, mais il faut compter plusieurs années avant un retour à la normale. Les croisières commentées qui font le tour de l’île sans débarquer restent l’option principale.

Une histoire de forteresse et de prison

Avant d’être un sanctuaire ornithologique, Bass Rock fut pendant des siècles un bastion stratégique. Le clan Lauder y détenait un château au moins depuis le XIVᵉ siècle, peut-être plus tôt. La position était imprenable : un seul débarcadère, accessible uniquement par mer calme, dominé par une muraille en surplomb équipée de canons.

Au XVIIᵉ siècle, le château devient une prison d’État. Sous Charles II et Jacques VII (Jacques II d’Angleterre), la Couronne y enferme les Covenanters — ces presbytériens écossais qui refusent l’autorité religieuse du roi. Plusieurs dizaines de prisonniers y meurent dans des conditions effroyables, oubliés sur ce caillou battu par les vents. Le ministre Alexander Peden, l’un des plus célèbres prédicateurs covenantaires, y fut détenu de 1673 à 1678.

Lors de la Glorieuse Révolution de 1688, qui chasse Jacques VII du trône, une garnison jacobite de quatre soldats s’empare du château et y résiste pendant trois ans — la dernière place forte des partisans des Stuarts en Écosse. Réduits à la famine en 1694, ils négocient une reddition honorable contre amnistie.

Le château fut démantelé peu après pour empêcher tout réarmement. Les ruines sont encore visibles, agrippées au flanc sud de l’île.

Le phare actuel, construit en 1902 par David Stevenson (de la dynastie d’ingénieurs écossais qui inclut Robert Louis Stevenson), automatisé en 1988, fonctionne toujours et balise l’entrée du Firth of Forth.

Comment voir Bass Rock

En croisière depuis North Berwick

Le Scottish Seabird Centre organise plusieurs types de sorties au départ du port de North Berwick (1h en train depuis Édimbourg-Waverley) :

  • Catamaran 1h15 : tour de l’île au plus près des falaises, guide naturaliste à bord, idéal pour photographier la colonie. ~25 £.
  • RIB rapide : bateau pneumatique semi-rigide, plus dynamique et plus proche encore. ~50 £, 1h30. Combinaison étanche fournie.
  • Excursion 3 îles : Bass Rock + Craigleith + Fidra (l’île qui inspira L’Île au trésor à Robert Louis Stevenson). ~30 £.

Réservation indispensable en haute saison.

Depuis la côte

Bass Rock se voit parfaitement à l’œil nu depuis :

  • North Berwick : la plage et le port offrent la meilleure vue, surtout en fin d’après-midi quand le soleil éclaire la face ouest
  • Tantallon Castle : forteresse en ruines du XIVᵉ siècle, perchée sur une falaise face au Bass — l’un des plus beaux points de vue d’Écosse, à 5 km à l’est de North Berwick (~£8 entrée)
  • The Law : colline de 187 mètres au-dessus de North Berwick, ascension en 30 minutes, panorama à 360° sur le Firth of Forth

Au Scottish Seabird Centre

Le centre, à l’extrémité du port de North Berwick, propose des caméras en direct braquées sur Bass Rock et les autres îles voisines. Les visiteurs peuvent piloter les zooms et basculer entre les colonies de gannets, de macareux ou de phoques. Une excellente solution par mauvais temps ou pour les enfants. Entrée ~10 £.

Informations pratiques

Comment s’y rendre

  • Train : Édimbourg-Waverley → North Berwick (ScotRail), 32 minutes, 1 train par 30 min
  • Voiture : 40 minutes d’Édimbourg par l’A1 puis l’A198 ; parking gratuit à North Berwick
  • Bus : ligne X5 Lothian Buses depuis Édimbourg, ~1h10

Quand venir

  • Avril-mai : arrivée des fous de Bassan, parades nuptiales, début des pontes
  • Juin-juillet : pic de la saison, poussins en duvet blanc, activité maximale
  • Août-septembre : envol des juvéniles, plongeons spectaculaires
  • Octobre-mars : la colonie est partie en mer, l’île est désertée — pas d’excursions

Conseils

  • Réservez la croisière dès le matin : la mer se lève souvent l’après-midi et certaines sorties sont annulées
  • Tenue chaude et coupe-vent même en été — la mer du Nord ne pardonne pas
  • Jumelles : indispensables pour profiter des oiseaux pendant la croisière
  • Combinez avec Tantallon Castle : la visite du château et le tour en bateau forment une excellente journée complète
  • Photo : objectif télé (200 mm minimum) pour les fous en vol ; un grand-angle suffit pour la roche depuis le bateau

Aux alentours

North Berwick et East Lothian regorgent d’attraits naturels et patrimoniaux à coupler avec Bass Rock :

  • Tantallon Castle : ruines spectaculaires sur une falaise rouge face au Bass — accessible via une excursion combinée North Berwick, château d’Alnwick et Dunbar depuis Édimbourg si vous n’avez pas de voiture
  • East Lothian beaches : Yellowcraig, Gullane, Belhaven Bay — certaines des plus belles plages d’Écosse
  • Dirleton Castle : château médiéval romantique avec jardins clos
  • Glenkinchie Distillery : la distillerie d’Édimbourg, à 30 minutes au sud, single malt léger des Lowlands

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